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Dans la cité grecque, lieu où à l'origine, se réunit l'assemblée des citoyens, puis qui devient la place principale de la cité.

L’économie souterraine responsable du « mal développement » de l’Afrique et d’autres contrées, et des injustices sociales chroniques qui frappent toutes les sociétés : la « mondialisation » des crimes en cols blancs fait des ravages croissants. Un scandale et des catastrophes en série annoncées. Des carences politiques irresponsables ! 

EDITORIAL RELATIO PAR DANIEL RIOT : La chronique d’Eric Le Boucher publiée dans le Monde d’aujourd’hui doit à la fois faire sourire et profondément irriter celles et ceux qui, au sein d’ONG, d’associations de juristes, d’organisations internationales travaillent, comme l’universitaire strasbourgeoise Chantal Cutajar, depuis des années sur cette économie criminelle qui fait tant de ravages….dont bien peu de responsables politiques ont conscience.

Sourire, parce que les faits rapportés n’ont rien de nouveaux : ils deviennent seulement de plus en plus scandaleux.

Irriter, parce que c’est toujours très lassant de devoir prêcher dans les déserts ou labourer les mers.

Qui parle de cette criminalité là dans les discours « sécuritaires » ? Qui ose tenir compte de ces phénomènes scandaleux, au coût social incalculable mais colossal,  dans les chantiers nationaux, européens et internationaux ouverts pour adapter polices et justices à ces machines à miner la planète…

Chantal Cutajar: ” Un défi majeur pour l’Europe et la planète”

Une anecdote : « L’un des pays parmi les plus gros investisseurs en Inde est… l’île Maurice. ». Ce n’est pas une anecdote. Maurice, grand centre de tri de l’argent sale blanchi… 

Un chiffre : Selon l’économiste Gerald Epstein, le total de l’argent sorti illégalement d’Afrique atteindrait, depuis 1995, le total de 274 milliards de dollars, soit 145 % de la dette du continent.

Un autre chiffre : Selon le sénateur démocrate Carl Levin, le fisc américain serait privé de 100 milliards de dollars de recettes ayant fui aux îles Caïmans et dans les autres paradis fiscaux.

Dans de nombreuses études et dans de multiples interventiosn dans des colloques internationaux, Chantal Cutajar a, comme d’autres trop rares experts et chercheurs, bien démonté les mécanismes : Détournements, corruption, évasion fiscale, mais aussi trafics en tous, contrebande, drogue, prostitution, contrefaçons… et cybercriminalité à raison sociale « honorable ». dépassés, les systèmes maffieux d’un autre âge…

L’argent dit  sale a pris de telles proportions qu’il représente « une menace pour la stabilité et la prospérité mondiales », selon Raymond Baker, directeur au CSIS (Center for International Policy) à Washington. Un cri d’alarme après bien d’autres…

Ce « mal-développement » pour cause de corruption qui mine tant de pays africains s’étend ailleurs et est devennu « le talon d’Achille » du capitalisme (Capitalism Achilles Heel, éditions Wiley).

Eric Le  Boucher raconte que lors d’un colloque  a organisé, jeudi, dans la capitale américaine, Raymond Baker a expliqué que les structures de la finance mondiale, les paradis, le secret bancaire, les filiales Trustees ou Nominees, les fausses fondations, le blanchiment et les innombrables niches fiscales, ont installé des circuits planétaires immensément favorables à la prolifération des trafics et détournements.

Une confirmation : on sait depuis les enquêtes sur le  11-Septembre, que les terroristes utilisent ces mêmes réseaux. « L’économie illicite est enchâssée dans l’économie licite », a renchéri Moises Naim, directeur du magazine Foreign Policy et auteur du Livre noir de l’économie mondiale (éditions Grasset).Un constat qui, parmi d’autres, avait incité Chantal Cutajar, a lancé une initiative pour une « Europe politique de la Justice » qui renforce les moyens d’actions des organismes mis sur pieds.

Cet argent volé, détourné, évadé, représenterait 2 % à 5 % du PIB mondial. D’autres estimations dépassent même ce plafond.  La drogue entre 120 et 200 milliards de dollars, la contrefaçon entre 80 et 120, le racket entre 50 et 100, au total l’argent du crime est évalué entre 300 et 550 milliards de dollars.

Une autre confirmation : Le butin le plus important de cette économie souterraine  reste la pratique des… prix internes des multinationales, qui s’échangent les sous-produits entre leurs différentes filiales à des prix calculés au mieux pour échapper au fisc. Entre 700 et 1 000 milliards de dollars par an, selon Raymond Baker. Cela  devrait inciter les « altermondialistes » à s’attaquer à d’autres cibles que celles qu’ils visent et à mener d’autres combats que ceux, plus théoriques que réalistes, qu’ils mènent…En commençant par exiger que les moyens des polices et des justices « financières » soient accrues !

« La Banque mondiale ne se préoccupait guère de ces sujets avant les années 1990, a expliqué Daniel Kauffmann, directeur du Global Program de cette institution. Puis on s’est aperçus que la corruption notamment ruinait nos missions de développement. Le 11-Septembre a fait porter l’attention sur les circuits financiers, puis l’affaire Enron a débouché sur des surveillances plus étroites. Mais beaucoup reste à faire.” C’est le moins que l’on puisse dire. Et cela ne date pas d’aujourd’hui…

La priorité des priorités, c’est évidemment de découvrir, démonter et contrôler les mécanismes et les circuits du blanchiment. Selon Daniel Kauffmann, il faut,  dans les pays riches, exiger un renforcement des règles dans les centres financiers et, dans les pays pauvres, mettre la pression sur la transparence administrative. Facile à dire…

Eva Joly, l’ancienne juge d’instruction de l’affaire Elf, a souhaité la création d’une agence internationale de lutte contre la corruption et l’argent sale et elle s’inquiète de l’arrivée de la Chine, qui vient compliquer un combat déjà très difficile.

Elle a obtenu que la Norvège, son pays d’origine, annonce, lors de la conférence, “prendre la tête” de la lutte contre les paradis fiscaux et, dans l’immédiat, décide de financer des études et le recueil de données, en accord avec la Banque mondiale et avec des sénateurs américains, républicains comme démocrates. Mme Joly regrette que l’Europe tienne  « un double langage » sur toutes ces questions. Double langage et surdité…

« Le crime comme tout le reste est devenu global, tout sauf la réponse de la loi, notre seule défense contre le monde darwinien du meurtre et de l’argent », écrivait, il y a déjà dix ans, le sénateur John Kerry, ancien candidat malheureux à la Maison Blanche (The New War, éditions Simon & Schuster).

Lord Daniel Brennan a résumé l’enjeu dont Eric Le Boucher fait la conclusion de sa chronique: « On est passés d’un capitalisme du laisser-faire à un capitalisme de la brutalité. Il faut, au XXIe siècle, installer un capitalisme de la responsabilité »

Mais comme le souligne Chantal Cutajar dans nombre de ses interventions : « il faut dix minutes pour que des millions de dollars ou d’euros illégaux fasse un tour du monde et soient blanchis. Il faut au moins un an pour qu’un cas suspect soit signalé. Et il faut au moins dix ans pour qu’un dossier débouche sur des poursuites judiciaires ou meurt dans un placard ». Dans cette course-poursuite entre les nouveaux voleurs et les nouveaux gendarmes, on voit qui part  (et surtout) qui arrive gagnant…

Constat d’impuissance ? Non, constat de carence politique. Tragique. Pour le capitalisme, il s’agit plus que d’un « talon d’Achille » : une bombe à retardement…Avec de terribles catastrophes annoncées. Ce ne sont pas là des prédiction de Cassandre : mais des conclusions logiques de constats de réalité…

Daniel RIOT

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