Que Sarkozy se pose en « sauveur de l’Europe » est une chose. Que l’Europe soit sauvée en est une autre… Pour sauver l’Europe, il faut s’inspirer du livre (d’Histoire et de “recettes”) de Robert Toulmenon.
Sur son Blog, Robert TOULEMON montre deux des limites du « succès » du dernier Conseil européen : « L’abandon des symboles mais aussi l’absence de toute correction des lacunes et des faiblesses du traité constitutionnel. (…) On espérait un renforcement des dispositions relatives à l’énergie, au climat, à l’immigration, au social. On pouvait espérer une composition de la Commission assurant mieux son autorité. Au lieu de cela, l’élimination de la mention de la concurrence non faussée des objectifs de l’Union, dont elle demeure un instrument essentiel, apparaît comme une concession heureusement sans portée aux tenants français du non de gauche ».
Le grand regret de Robert Toulemon (et il n’est pas le seul à l’avoir !) c’est l’inexistence d’une Europe politique. Il faut faire sauter ou contourner le veto anglais : cela devient un impératif et une urgence !
Cette Europe politique, c’est évidemment celle que Sarkozy devra débloquer s’il veut que son auto satisfaction actuelle se justifie dans un proche avenir… On peut craindre que Sarkozy n’ait pas le temps de se plonger dans le livre de Robert TOULEMON : il y trouverait une bonne inspiration…
Robert Toulemon sait de quoi il parle. Il occupa pendant dix ans, de 1962 à 1972, de hautes fonctions au sein de la Commission européenne, notamment auprès de deux grandes figures communautaires, le Français Robert Marjolin et l’Italien Altiero Spinelli, qui est à l’origine de l’idée de Constitution européenne…. Et il est demeuré un militant actif, à la fois réaliste et idéaliste, de l’Europe unie.
Cet ancien président de l’Association Jean-Monnet, n’a cessé de plaider la cause du fédéralisme. D’un fédéralisme intelligent, raisonnable, fondé sur une subsidiarité synonyme d’efficacité, comme on refuse de l’imaginer et de la comprendre dans notre France si jacobine…
La France, il l’aime bien sûr, mais il la rend (avec raison) largement responsable des échecs européens. Son action, dit-il, souffre d’une contradiction fondamentale. D’un côté, elle défend l’idée d’une Europe forte, de l’autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.
Eh ! Oui. Toujours cette cassure entre De Gaulle et Monnet… Et cette manie nationale de ne pas (ou rarement) se donner les moyens de ses ambitions.
Selon lui, nombre de Français ne veulent pas comprendre que « la coopération entre Etats conservant leur libre arbitre peut être fort utile », mais qu’elle ne saurait suffire à donner à l’Europe « une voix qui lui soit propre ». La France fut, certes, à l’origine du projet communautaire mais, dès le début, ses motivations sont « ambiguës » et sa détermination « hésitante », relève Robert Toulemon. Plus qu’une opinion : des constats. Suscités par les effets d’un terrible malentendu : une « Europe européenne » si réclamée ne peut pas être une « Europe française » si rêvée…
Rappels de quelques faits : c’est après le fiasco de la Communauté européenne de défense, en 1954, l’objectif d’une communauté politique est « renvoyé à des jours meilleurs ». Des jours qui se sont toujours pas là…Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu’un « traité de commerce » et « surtout pas l’amorce d’une union politique », estime Toulemon.
C’est vrai même si cela mérite d’être nuancé : « L’Europe politique ? Dans Cinquante ans », disait le gnéral… voilà plus d’un demi-siècle.
Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d’Estaing n’infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l’occasion de la modifier. Tout l’art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l’union monétaire sans l’union politique souhaitée par le chancelier Kohl. Erreur ? Faute…
Cette union politique aurait pu (du) naître « sur les ruines du mur de Berlin », dans l’enthousiasme de la « libération » de ce pays intrinsèquement « européens ». Il n’en a rien été. Manque de visions d’avenir. Et excès des pesanteurs britanniques… En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné ces « inconséquences françaises » et quelques autres. En attendant que renaisse un jour, selon les voeux de l’auteur, le projet d’une Europe politique. L’Union doit reprendre sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un “motif d’espoir” plutôt qu’une “source de craintes” : Sarkozy vient de dire un peu la même chose, en étant plus verbal que concret.
Robert Toulemon expose avec précision les diverses raisons d’aimer l’Europe. De l’aimer « pour ce qu’elle est », « pour ce qu’elle peut devenir » et « pour les services qu’elle peut rendre à l’humanité » en contribuant à l’émergence d’un nouvel ordre mondial. “Aimer l’Europe pour lui donner une existence politique.” Avant que les forces de la dislocation viennent mettre à mort les espérances d’une unification à vocation irréversible, mais à consistance fragile. Un bon livre. Un livre-vitamine. Avec entre les lignes une leçon de vérité et de conduite : « Aimer l’Europe », c’est s’aimer soi-même…A lire, et à faire lire à ceux qui font de l’Europe un bouc-émissaire trop facile…
Daniel RIOT
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*AIMER L’EUROPE de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 158 p., 13,50 €
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UNE AUTRE CRITIQUE DU LIVRE SUR LE TAURILLON:
EXTRAITS:”Le premier lieu commun combattu par cet ouvrage est lié au parcours de l’auteur. L’Union européenne est souvent présentée comme une construction technocratique, sans âme, apolitique et anti-démocratique. M. Toulemon qui a participé à cette aventure depuis les toutes premières années de la construction européenne montre à quel point cette idée est fausse. Haut fonctionnaire, et donc technocrate, il demeure un homme avec des convictions politiques fortes, une approche cohérente de la réalité. Sa vision de l’Europe n’a rien de technocratique, elle est au contraire vivante, profondément politique et surtout, passionnée”. A LIRE >>>>>>
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LA PREFACE DE MICHEL ALBERT AU LIVRE DE ROBERT TOULEMON
“Une puissance d’un nouveau type”
Le cinquantième anniversaire des traités de Rome est célébré alors que la crise ouverte par l’échec des referendums français et néerlandais a plongé l’Europe dans une crise profonde. Les tenants du non n’ont avancé aucune proposition qui ait la moindre chance d’être acceptée par nos partenaires. Ceux du oui, traumatisés par leur défaite, attendent des jours meilleurs. Jusqu’à présent, l’Europe n’occupe qu’une place réduite dans la campagne électorale.
La Déclaration de Berlin, malgré son contenu très général, est la meilleure que l’on pouvait espérer. Les difficultés rencontrées par Angela Merkel pour obtenir l’accord des 27 en disent long sur l’état de l’Union. C’est une Europe à l’anglaise, espace d’échanges sans ambition politique, qui, à défaut d’un sursaut, se profile à l’horizon.
L’objet du livre de Robert Toulemon est d’abord, à partir d’une connaissance approfondie des processus européens, de dénoncer les contradictions qui ont, depuis l’origine, marqué la politique européenne de la France : vouloir une Europe politique ambitieuse tout en lui refusant les instruments institutionnels et financiers de la puissance. Il est ensuite d’exposer les raisons que nous avons d’aimer l’Europe telle qu’elle est et plus encore telle qu’elle pourrait être si elle retrouvait dynamisme et volonté.
Les Pères de l’Europe, Jean Monnet(photo) en tête, ont fait confiance trop exclusivement à la raison. Leurs successeurs ont fait progresser l’Europe mais sans chercher à la faire aimer et souvent en s’en servant comme d’un bouc émissaire. Or une entreprise historique aussi grandiose, aussi inédite, que celle qui consiste à unir de vieilles nations longtemps rivales autour des valeurs de la démocratie et des droits de l’homme, ne peut réussir sans mobiliser l’engagement affectif d’un grand nombre de citoyens. On ne fera pas l’Europe sans Européens.
Parmi les raisons d’aimer l’Europe, l’une des plus importantes est celle qui est développée dans le dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « Une puissance d’un nouveau type ». Les défis planétaires auxquels l’humanité est confrontée appellent une gouvernance mondiale fondée sur l’exercice en commun d’éléments importants de souveraineté. L’Europe s’est avancée plus loin qu’aucun autre groupe de pays sur la voie de la conjonction des souverainetés. Sa contribution à la construction d’un monde vivable pourrait être décisive.
Michel ALBERT














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