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Pour une Europe policée plus que policière…et pour une politique Nord-Sud digne de ce nom.

Décryptage RELATIO par Daniel RIOT : La Commission européenne a lancé un nouveau programme de coopération avec les pays tiers dans le domaine des migrations et de l’asile, qui disposera d’un budget de 380 millions d’euros pour la période 2007-2013.
S’inspirant de l’expérience de son prédécesseur, AENEAS, ce programme visera à aider les pays tiers à mieux gérer les flux migratoires et à mieux appréhender tous les aspects de cette gestion.

Même s’il est essentiellement axé sur les pays situés le long des routes migratoires du sud et de l’est menant à l’Union européenne, d’autres routes migratoires seront également « couvertes », tout comme les « migrations sud-sud ».

C’est bien. Il faudrait même (et surtout) aller plus loin et investir davantage. Mais ces mesures et d’autres ne font pas oublier les tragédies humaines qui se vivent chaque jour sur quelques plages européennes… Le défi de l’immigration illégale reste entier ou presque. Il est vrai que le nomadisme des « pauvres » vers les contrées riches s’inscrit dans les réflexes logiques d’une Humanité en quête d’horizons d’espérance. Il est sûr aussi que cette lutte (que « le ministère Hortefeux » le mal nommé) n’est pas que policières et ne doit pas se faire qu’aux frontières : repérage et démantèlement des réseaux organisés, chasse aux exploiteurs en tout genre et aux experts en travail clandestin…

Cette quête d’horizons d’espérance, ces « rêves d’Europe » finissent souvent dans des cauchemars. Monuments aux « migrant inconnu » à toutes les frontières méridionales, ou presque, et dans les sables des déserts du Sahara ou de Libye…

Depuis 1998, soit en moins de dix ans, plus de cinq mille candidats à l’exil sont morts aux portes de l’Union européenne, dont plus de mille cinq cents en mer. Ces estimations, rendues publiques par Amnesty International, sont très approximatives : elles  doivent être revues, en permanence , à la hausse. Et on en parle que lorsque des images frappent les sensibilités, à  Ceuta, Melilla, aux Canaries au large de Malte et de la Sicile, à Toulon et ailleurs

Dans un article publié dans Le Monde, Catherine Simon écrit : «  Formellement soucieux, comme l’a réaffirmé le ministre français de l’immigration, de « poursuivre la lutte implacable contre les passeurs et les trafiquants qui exploitent la misère de ces migrants », les dirigeants de l’UE n’ont évidemment pas l’intention d’offrir aux candidats à l’immigration de confortables ferries à prix réduit pour traverser la Méditerranée. Les passeurs et les trafiquants, en revanche, peuvent se frotter les mains. Car ce n’est pas contre eux, quoiqu’on dise à Paris ou à Bruxelles, que la lutte s’annonce « implacable ». Mais bel et bien contre les immigrés illégaux eux-mêmes, qui, selon les estimations de l’UE, seraient environ cinq cent mille à franchir chaque année les frontières européennes, dont 14 % par la voie maritime. »

On s’attaque aux effets, mais non aux causes…A grand renfort de mesures plus psychologiquement sécuritaire que porteuses de vraie sécurité.

Après la mise en place, en 2004, d’une agence de surveillance des frontières de l’UE, baptisée Frontex, la prochaine création d’”équipes d’intervention rapide aux frontières”, appelées “Rabit” (de l’anglais “rapid border intervention teams”) par les experts de Bruxelles, est une étape de plus dans la voie du « tout-sécuritaire » prônée par les pays de l’Union européenne.

Ces équipes, composées d’agents des corps nationaux de gardes-frontières des Etats de l’UE, pourront être « dépêchées provisoirement » dans un Etat membre demandeur confronté à des « pressions particulières », notamment en cas d’arrivée d’un « grand nombre de ressortissants de pays tiers tentant d’entrer clandestinement dans l’Union européenne ».

Autrement dit, en cas d’  « afflux massif » de migrants, selon l’expression du rapporteur belge Gérard Deprez, ces « super-Dupont » transeuropéens viendront immédiatement à la rescousse de leurs collègues nationaux. Des « super-pompiers », des « super-douaniers », des « super-gardes frontières », des « super-flics ». Comme si les problèmes n’étaient que policiers. A quand, de nouveaux murs, de nouveaux barbelés, de nouvelles clôtures ? 

Catherine Simon poursuit : « Mille questions surgissent, dont aucune ne trouve de réponse dans cette prose policière. Y aura-t-il, par exemple, dans ces équipes, des représentants du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) pour enregistrer les probables demandes d’asile ? Quels seront les recours des migrants, en cas de violation des “normes de protection internationale” ? Que fera-t-on des “migrants économiques” ? Où va-t-on refouler ces indésirables - vers quelles pauvres contrées, où la notion d’Etat de droit est un mirage et le respect de l’étranger une gageure ? De cela, la proposition adoptée à Bruxelles ne dit mot. Entre les morts de Ceuta-Melilla, il y a deux ans, et ceux de Toulon aujourd’hui, il n’y a guère de différence. Quelques larmes et des coups de bâton : les riches pays d’Europe n’auraient donc plus rien d’autre à offrir à ceux et celles qui frappent à leurs portes ? »

Les vraies solutions restent à trouver. Facile à dire…Deux chercheurs de l’Unesco,cités par Catherine Simon,  Antoine Pécoud et Paul de Guchteneire, expliquent-ils, dans le dernier numéro de la revue « Courrier de la planète », que « les défis extrêmement complexes posés par les flux migratoires ne sauraient être résolus par une mesure aussi simple et naïve ». D’accord…Ils précisent aussi qu’il serait « tout aussi naïf de penser que de petites modifications au système actuel permettront de trouver des solutions justes et durables aux dilemmes soulevés par la mobilité humaine ». D’accord…

Mais concrètement, on propose quoi ? On fait quoi ? C’est le fossé Nord-sud qu’il faut tenter de combler ; Il est temps de donner à l’expression « co-développement » tout son sens et surtout toute sa substance. Le prochain sommet UE-Afrique, auquel la Présidence portugaise tient beaucoup, doit ouvrir de nouvelles perspectives. Un « espace euro-méditerranéen » digne de ce nom (auquel Sarkozy a raison d’être attaché) doit mettre ces questions au cœur des priorités et des urgences.

En attendant les fruits de ces politiques plus promises que lancées, restons au moins fidèles aux valeurs que nous prétendons porter et illustrer. Les migrants inconnus sont des personnes humaines, non des individus « marchandisés ». Une « Super-police des frontières », oui. Mais dans le respect des droits de l’homme, des principes du Conseil de l’Europe  Et de ce « droit d’ingérence » humanitaire que nous devons aussi (et d’abord) appliquer chez nous, aux portes de cette Europe qui ne peut pas être une « forteresse ». La police n’est pas là que pour l’ordre. L’Europe doit être policée, et pas seulement policière…

Daniel RIOT

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